La démocratie belge est-elle devenue la dictature des inutiles ?

En Belgique, l’état et les institutions sont hyper-politisés. Les dissensions Nord-Sud et les différentes étapes de la régionalisation n’ont évidemment rien arrangé à cet état de fait.

Au fil de compromis négociés à chaque formation de majorité gouvernementale et au gré des intérêts partisans de chacun, le pays s’est retrouvé morcelé et ses compétences dispersées, au point que son fonctionnement en est devenu complexe, illisible et indigeste.
Notre “lasagne institutionnelle” comme l’appellent eux-même les politiciens, est truffée d’intercommunales, d’asbl, d’organismes d’intérêts publics, de sociétés régionales, pararégionales, parastatales, de fondations, d’agences, d’instituts, de centres régionaux, de fonds divers et d’offices en tout genre.
En 2016, Alain Narinx, journaliste à l’Echo soulignait « Cette complexité participe au sentiment d’ “état défaillant” où personne n’est jamais responsable de rien et où la moindre décision dépend d’une homérique négociation entre une pléthore de mandataires publics. »

Mais si cette complexité programmée apporte à nos élus l’avantage de les déresponsabiliser, elle leur permet surtout de morceler le pouvoir, de se distribuer l’un l’autre des postes de “complaisance” et d’augmenter insidieusement leur emprise sur le fonctionnement des institutions quitte à en sacrifier l’efficacité.

De plus en plus d’exemples montrent que d’innombrables postes de gestionnaires, d’administrateurs, de membres de comités de secteurs ou autres ont été créés aux seuls fins de rémunérer un apport de voix aux dernières élections.

On se tient, on se soutient. Le favoritisme, le népotisme et l’électoralisme sont rois.

Outre le scandale que représente pour le citoyen ces pratiques inacceptables, il est évident que ce modèle ne peut que peser lourdement sur le fonctionnement correct et sur les finances d’une institution. Ces postes parasites, parfois créés sur mesure et confiés à des incompétents, plombent les budgets, ralentissent les prises de décisions dont la pertinence même pourrait parfois être remise en question.

De plus en plus de voix s’élèvent pourtant pour demander que les élus soient de meilleurs “managers”. Même si l’on ne peut comparer la gestion d’un état à celle d’une entreprise privée car ce serait oublier qu’un état doit aussi remplir des missions impossible à évaluer en termes de “pertes et profits”, n’est-il pas malgré tout légitime de se poser la question des compétences quand il s’agit de gestion publique ?

Peut-on vraiment abandonner l’administration de toute une série de matières publiques à des gestionnaires désignés sur la seule base de leur couleur politique, ou pire, acheter leur objectivité et leur intégrité à coup de jetons de présences ou de salaires mirobolants ?

La question de la compétence et surtout de la dépolitisation des instances publiques ne date pas d’hier et revient régulièrement sur la table. Les membres du nouveau gouvernement wallon ont d’ailleurs pris un certain nombre d’engagements en ce sens.
Mais comment pourraient-ils faire pour sortir les institutions d’un système qui continue à engraisser bon nombre de leurs partisans ? Comment bouleverser des mécanismes qui en même temps garantissent la survie du système qui les nourrit ?
Comme on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis, il y a fort à parier que malgré la pression citoyenne aucune des promesses faites ne soit jamais suivie de mesures conséquentes.

Bien sûr ces propos sont choquants. A raison au vu des événements. Et il ne faut évidemment pas généraliser ni caricaturer. Tous les politiques ne sont pas vendus au système.
Mais force est de constater au fil des révélations que l’exemplarité dont ils sont tous à se revendiquer fait plutôt l’exception que la règle.

Les citoyens n’ont donc plus qu’a prendre leur mal en patience, une fois encore, baisser la tête et continuer à subir cette “dictature des inutiles”…

Stéphane Michiels

N’hésitez pas à signer ici notre appel pour la formation d’une Commission citoyenne sur la gouvernance.

 

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