Le “social calling” au secours de la démocratie.

Pour beaucoup de jeunes qui sortent aujourd’hui des études, réussir ce n’est plus faire du profit à tout prix. Réussir, c’est essayer d’avoir un impact pour changer les choses et aider à résoudre les problèmes de notre société.
Tel est le leitmotiv des “Millenials”.

On ne compte plus les jeunes entrepreneurs qui se lancent dans des projets concernant le gaspillage alimentaire, le partage des ressources, les énergies alternatives, l’éducation, la santé, l’environnement ou l’économie collaborative.

On appelle ça le “social calling”.

65% des jeunes qui sortent des hautes écoles souhaitent que leur travail serve l’intérêt général, qu’il puisse avoir un impact positif sur la société. 40% pensent même que leur travail devrait aider à pouvoir changer le monde.

Aujourd’hui, l’économie sociale et solidaire prend une part de plus en plus importante sur le marché car les citoyens finissent par se rendre compte de leur responsabilité dans les choix et les orientations de la société.

En France cette économie représente déjà près de 10% du PIB.

Les grandes entreprises multinationales, qui jusqu’il y a peu étaient convoitées par les jeunes diplômés, ne représentent plus le travail idéal. Ces entreprises, dont le projet est basé essentiellement sur le profit, souvent au détriment du bien être, de la famille et de l’épanouissement personnel, ne sont plus en phase avec les aspirations de la jeune génération. Elles doivent impérativement s’adapter, elles l’ont bien compris.

Il doit en être de même en politique.

Le fossé qui s’est creusé entre la politique “à l’ancienne” et les revendications citoyennes semble impossible à combler sans une remise en question profonde du système.

Il y a une volonté croissante au sein de la population de prendre part aux responsabilités, d’assumer son rôle de citoyen et de ne plus se contenter d’être un électeur qu’on consulte sporadiquement sur des programmes démagogiques dont les visions à court termes ne répondent plus aux préoccupations fondamentales.

Il y a une réticence très marquée, et accrue par la succession de scandales qui secouent le monde politique, à maintenir la confiance dans une élite bienveillante qui n’a en fait bien souvent de bienveillance que pour elle-même.

La société évolue inévitablement vers un modèle plus ouvert, plus participatif et plus connecté. Le modèle économique du “tout pour l’actionnaire” vit ses derniers instants tout comme le modèle de démocratie oligarchique le doit aussi.

Le temps est venu de redonner sa place à la confiance mutuelle, au bon sens populaire, à l’empathie. Il faut en finir avec cette idée d’un autre âge qui prétend que seule une élite peut présider aux destinées d’une nation. Il faut sortir de ces clivages qui martèlent que la politique est forcément un combat entre des factions opposées. Il faut redonner sa place à la délibération, à l’intelligence collective et avoir foi en la capacité du citoyen à privilégier l’intérêt général.

Même si les représentants de l’ordre établi brandissent le spectre du chaos et de l’anarchie comme dernier rempart pour protéger leurs privilèges, toutes les expériences de panels citoyens ou de délibérations collectives se sont montrées extrêmement positives et constructives 1.

Tout comme les jeunes forcent le monde des entreprises à évoluer sans pour autant les mener à la faillite, le monde politique doit lui aussi s’adapter sans avoir à renoncer à ses valeurs démocratiques fondamentales.

La transition viendra des citoyens, elle est inéluctable. Elle peut se faire sans révolution, sans effondrement, sans rien d’apocalyptique.

Par tous les moyens à leur disposition, les citoyens doivent prendre leurs responsabilités et faire comprendre au monde politique que le modèle actuel ne correspond plus à leurs besoins et ne répond plus à leurs préoccupations, que le véritable pouvoir leur appartient et qu’ils ont bien l’intention de se le réapproprier car il est temps de changer, vraiment, durablement. Il ne peut en être autrement, car on n’arrête pas une marée qui monte.

 

Stéphane Michiels

 

N’hésitez pas à signer ici notre appel pour la formation d’une Commission citoyenne sur la gouvernance.

 

1. voir les travaux de Particitiz qui étudie et diffuse des techniques et des outils de participation et de délibération citoyennes.

 

Participez au débat