Publifin. Un an, et après ?

Un an déjà que la population belge a été violemment sortie de sa torpeur politique par les séismes Publifin, ISPPC, Samusocial ou Kazakhgate.

Un an que les médias ont été envahis par un flot continu de révélations révoltantes sur les dérives du monde politique et que les appels à la justice et au changement s’expriment sur les réseaux sociaux. Des groupes se sont formés, des pages facebook sont apparues, des partis politiques ont même été créés pour “faire mieux”.

Un an. Et rien n’a vraiment changé. Beaucoup de promesses, très peu de résultats.
Même les recommandations de la très médiatique Commission Publifin qui allait “remettre de l’ordre dans tout ça”, semblent au placard, classées “sans suites”.

Et pour cause. L’erreur est toujours la même : chercher les remèdes aux conséquences et non à la véritable cause du problème. Nous devons arrêter de croire que le système peut être restauré en promulguant quelques nouvelles règles de bonne gouvernance, alors qu’il faut sans doute purement et simplement chercher à le remplacer.

Le premier constat sur lequel nous devons nous accorder est que la démocratie représentative telle que nous la connaissons, revient en réalité à accepter que le pouvoir soit confisqué par une petite caste de politiciens, aux intérêts convergents, mais très souvent coupés de la réalité de leurs électeurs.
Parler d’aristocratie ou d’oligarchie serait plus juste, mais certainement pas de démocratie.

Comment faire dès lors pour construire un système qui soit plus juste, vraiment représentatif des citoyens, moins enclin aux dérives et aux abus, moins sensible aux diktats de la finance, mais aussi capable de sortir le pays de la crise.

Avant tout, il va être indispensable que nous, les citoyens, décidions ensemble de prendre nos responsabilités pour sortir des clivages dans lesquels nous sommes enfermés, classés, catégorisés et surtout opposés les uns aux autres par un système dont la seule politique est de diviser pour mieux régner.
Nous allons devoir reprendre confiance en nous, en notre bon sens, en notre intelligence collective et en notre capacité à peser positivement sur les décisions.

Mais nous allons surtout devoir profiter de la fracture actuelle entre nous et le monde politique pour proposer un modèle de démocratie basé sur la participation et la délibération.

Démocratie délibérative, directe ou délégative… Des alternatives existent, il faut les étudier.

La démocratie délibérative défend l’idée du tirage au sort comme alternative aux élections. Si cette idée génère beaucoup d’espoirs et d’enthousiasme, elle soulève aussi de nombreuses inquiétudes quant à notre capacité à assumer des fonctions parlementaires mais aussi quant à la représentativité d’un modèle basé sur la technique de l’échantillonnage.
De nombreuses expériences de tirage au sort dans des panels citoyens se sont pourtant révélées bien plus positives qu’on ne peut le croire.
Sous l’effet de la dynamique de groupe, de la responsabilité qui leur est octroyée, des informations dispensées et de la délibération, les citoyens concernés ont été transcendés et sont arrivés à dépasser leur conviction personnelle pour trouver le consensus et privilégier l’intérêt collectif.

La démocratie directe promeut le mécanisme de mandat impératif et de révocabilité permanente des élus. L’idée est donc que les élus sont mandatés pour défendre une idée ou une action prédéfinie.
C’est dans ce modèle de démocratie qu’on retrouve les idées d’initiative populaire qui au travers de mécanismes comme la pétition ou le référendum permettent aux citoyens de proposer des lois, d’en faire abroger ou de demander la révocation d’un élu.
Ce système fait aussi appel au tirage au sort, dans une moindre mesure, pour la désignation des magistrats ou celle des délégués porteurs des mandats impératifs.

La démocratie délégative, appelée aussi démocratie liquide, est un modèle où le pouvoir est confié à un délégué plutôt qu’à un représentant. C’est une forme de gouvernance populaire où toutes les décisions collectives sont prises via le vote direct des membres de la communauté.
Dans ce système, le citoyen peut choisir s’il veut devenir actif ou rester passif. La durée des mandats est facultative, les prises de décision sont publiques, les délégués peuvent être choisis pour leurs compétences dans une matière précise et récusés à tout moment.
C’est une sorte de synthèse entre la démocratie représentative et la démocratie directe.

Trois exemples d’alternatives qui vont dans le sens d’une plus grande participation, d’un contrôle accru et d’une limitation de la professionnalisation de la vie politique. Tous ces systèmes cherchent à contenir les dérives comme les cumuls de mandats, l’enrichissement personnel, la concentration des pouvoirs, le favoritisme et le népotisme. Ils cherchent à limiter fortement l’influence des lobbies, réduisent la corruption et garantissent une véritable séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif sans pour autant générer une remise en question des valeurs démocratiques.

C’est sur ces bases-là que nous devons exiger l’ouverture d’un grand chantier citoyen sur la démocratie. C’est en s’inspirant de modèles comme ceux-là que nous pouvons lancer le débat, proposer des réformes et reconstruire ensemble un système plus en phase avec nos attentes et avec notre époque.

Mais aussi étonnant que cela puisse paraître, le véritable écueil que nous devrons surmonter sera de lutter contre notre propre immobilisme, contre notre résignation, contre notre peur du changement.
Il nous faudra surmonter les idées reçues qui nous font nous demander pourquoi changer puisqu’on a toujours fait comme ça. Nous devrons nous rassembler, nous mobiliser, mais aussi argumenter, répondre aux sceptiques, réveiller les désabusés, canaliser les révoltés.

Si vous êtes prêts pour ça, s’il vous semble indispensable de participer au débat, avec intelligence et sérénité, si vous pensez que nous devons nous impliquer, si vous êtes convaincus que la solution viendra de nous, les citoyens et de notre capacité à nous unir pour proposer une alternative crédible et constructive, rejoignez-nous et faisons en sorte que les “j’aurais voulu” et les “j’aurais pu” se transforment en “nous voulons donc nous pouvons !”

Nous sommes prêts à relever le défi, et vous ?

Stéphane Michiels
fondateur de Belvox.org

N’hésitez pas à signer ici notre appel pour la formation d’une Commission citoyenne sur la gouvernance.