Le citoyen a-t-il sa place en politique ?

Ce jeudi 30 novembre se tenait à l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve une conférence-débat organisée par le Kot Citoyen(1).

Le thème en était “La politique doit-elle être un métier ?”

Malgré les premières neiges qui paralysaient le pays ce soir-là, les orateurs étaient au rendez-vous : Francis Delpérée, constitutionnaliste, ancien sénateur et député fédéral CDH, Hervé Pourtois, Docteur en Philosophie et Gilles Vanden Burre, député fédéral Ecolo.

Pour Hervé Pourtois, que le hasard avait désigné comme premier intervenant, la réponse fut clairement non, la politique ne doit pas être un métier. Se référant aux origines historiques de la démocratie athénienne, il rappella que la mission politique était de se mettre au service de la société de manière bénévole, temporaire et aléatoire en étant tiré au sort pour un mandat relativement court.
Il sembla assez favorable aux principes d’une démocratie participative mais reconnu toutefois qu’avec la complexité du monde actuel, imaginer une classe politique totalement amateure n’aurait sans doute aucun sens.

Ce fut ensuite le tour de Francis Delpérée, qui en tant que juriste proposa dans un premier temps de bien définir la différence entre “métier” et “profession”.
Dans son allocution, il mit l’accent sur le fait que si un métier est une activité pour laquelle on se forme et qu’on peut pratiquer toute sa vie, une profession est une activité que l’on peut exercer sans pré-requis et de manière temporaire. La politique, selon lui, peut donc être une profession qu’il pense d’ailleurs devoir être limitée à trois mandats successifs maximum. Il prêcha aussi pour plus d’indépendance des élus vis-à-vis de leur parti.
Par contre, sur l’idée du tirage au sort, il en remit très clairement la représentativité en question car il rappela également les compétences nécessaires pour accomplir les différentes missions politiques qu’il ne pense pas être à la portée du premier venu.

Enfin, quand vint le tour de Gilles Vanden Burre, jeune député issu du secteur privé, la fracture fut très claire entre les deux générations de politiques représentées, lui qui proposa d’encourager l’ouverture des listes électorales à des candidats issus de la société civile, de promouvoir l’organisation de panels citoyens et qui se montra favorable au référendum sans pour autant en accepter le caractère contraignant.

Sur la participation citoyenne et la nécessité de retisser le lien de confiance entre les politiques et les citoyens, les points de convergences furent plus difficiles à trouver.
Il suffisait de voir rouler les yeux de Francis Delpérée à chaque fois qu’étaient prononcés les mots “tirage au sort” et son empressement à dénigrer le référendum en prenant comme exemple les résultats catastrophiques lors la question royale en 1950 ou plus récemment le Brexit ou la Catalogne.

En Bref, si ces trois intervenants s’accordent à penser que la fonction politique peut, ou doit être limitée dans le temps, s’il partagent l’idée que les politiques doivent être plus proches des préoccupations populaires, il semble également qu’il y ai un consensus pour dire que la participation citoyenne n’est une bonne chose que si elle reste consultative et sporadique.

Se rapprocher du citoyen tout en le tenant à distance raisonnable, serait-ce donc ça la nouvelle tendance du marketing politique ? Rapprocher le spectateur tout en l’empêchant de monter sur la scène ? Silence, on tourne ?…

Il suffit d’ailleurs pour s’en rendre compte de voir le peu de cas que font les médias de l’opinion publique sur les sujets politiques. A quelques exceptions près, les colonnes des quotidiens et les plateaux de télévision sont phagocytés par les politiques qui s’en servent comme tribunes électorales, les citoyens étant cantonnés au rôle de spectateurs, à peine consultés lors de sondages basiques ou de micro-trottoirs plus ridicules que représentatifs.
Quelle place donne-t-on à des groupes de citoyens qui se forment, parfois dans la colère, mais qui réclament tous du changement ? Quelle crédibilité accorde-t-on aux nouveaux partis politiques qui tentent d’émerger comme Oxygène ou En Marche.be ? Quel chance de s’exprimer laisse-t-on à des initiatives comme Belvox qui cherche à mobiliser pour que s’ouvre enfin le débat sur la participation citoyenne ?

N’est-ce pas pourtant aussi le rôle des médias que de laisser s’exprimer la contradiction ? N’est-ce pas une des valeurs fondamentales de la démocratie que de laisser place à l’expression populaire ?
Car toutes ces voix qui s’élèvent, parfois maladroites, simplistes, irréalistes ou même populistes, sont l’expression d’un même malaise, d’un même besoin de réformes, profondes, structurelles. Elles sont issues de démarches volontaires et constructives.
Elles sont toutes crédibles et sincères et à ce titre méritent au moins d’être entendues.

 

Stéphane Michiels
Fondateur de Belvox.org

N’hésitez pas à signer ici notre appel pour la formation d’une Commission citoyenne sur la gouvernance.

 

(1) Le Kot Citoyen est un projet né au sein de l’Université Catholique de Louvain qui a pour but de promouvoir une « attitude » citoyenne en organisant des événements autour des problématiques contemporaines, tant politiques que sociétales.
www.facebook.com/kotcitoyenlln

 

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