Prêts à dynamiter le système

Pour débloquer la société et restaurer la confiance, il est urgent de réformer en profondeur, au-delà d’une recomposition politique à court terme. Tel est l’appel d’un patron, d’une syndicaliste et d’un citoyen à la base d’un nouveau mouvement.

Extrait de l’article publié dans Le Vif/L’Express du 2 juin 2017.
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Par Olivier Mouton

« Une vigilance citoyenne »

Stéphane Michiels vient de créer un mouvement citoyen baptisé Belvox. Sa motivation ? Exercer une vigilance citoyenne pour inciter le monde politique à se réformer après les affaires à répétition, qui témoignent d’une dérive systémique.

« J’ai commencé il y a deux mois, naïvement, avec l’enthousiasme du néophyte, après une réflexion faite par ma fille devant le journal télévisé, raconte-t-il. On parlait, une fois de plus, de Publifin… Quand François De Brigode annonce le salaire de Stéphane Moreau, ma fille de 12 ans me demande : « Papa, c’est normal de gagner autant d’argent, comme ça ? » Je n’ai pas voulu diaboliser, je lui ai répondu que cela pouvait être normal quand on est patron d’une grosse entreprise. Mais dans ce cas-ci, c’est vrai que c’est un peu bizarre : il s’agit de l’argent public et les sociétés qu’il gère ne sont pas toutes bénéficiaires. Alors, elle me répond : « Mais il faut faire quelque chose, ce n’est pas possible… » Ses parents, désarçonnés par cette spontanéité, lui rétorquent : « Tu as raison, mais qu’est-ce que tu veux que l’on fasse ? » « Peu après, je me suis dit que c’était là un très mauvais signal qu’on lui donnait, prolonge Stéphane Michiels. Et j’ai décidé de passer à l’action. »

Il réunit quelques amis pour entamer une réflexion. Regarde sur les réseaux sociaux ce qui existe déjà. Et tombe sur des initiatives très négatives où les gens rouspètent sans arrêt. « Je ne veux pas de ça, insiste le fondateur de Belvox. Mon objectif n’est pas d’organiser une chasse aux sorcières ou voir des têtes tomber… Nous voulons proposer de nouvelles règles de gouvernance ou corriger celles qui ont dérivé. Le système politique actuel n’est pas mauvais en soi, mais les responsables politiques l’ont compliqué à un point tel que les citoyens s’en sont désintéressés. Les intérêts partisans ou l’attrait du pouvoir prennent le dessus sur la résolution effective des problèmes. L’intérêt des partis prime sur l’intérêt général. Comme Macron en France, je suis persuadé qu’il y a des bonnes choses à droite et à gauche. »

Stéphane Michiels et ses amis créent un site Internet pour sensibiliser les internautes. « Je ne veux pas faire de la politique, explique-t-il. Si j’ai un pied dedans, je ne vais plus être crédible, je ne pourrai plus parler au nom du citoyen. Mon idée, c’est de fonder une forme de contre-pouvoir, un lobby du peuple, avec des contre-propositions. Nous avons déjà élaboré une série de points que je tiens à valider avec des politologues. Ensuite, nous proposerons cette charte via notre communauté sur Facebook ou nous l’enverrons sur les boîtes mails des députés, comme cela se fait aux Etats-Unis. Et je compte bien en suivre l’exécution, mener une vigilance citoyenne. »

Les propositions à court terme concernent le comportement des élus. Il s’agit de leur interdire d’exercer des activités de conseiller et d’administrateur dans une société privée parallèlement à leur mandat. « Le cas de la cheffe de cabinet de Didier Reynders, administratrice chez Ackermans & van Haaren, dont vous avez parlé dans Le Vif/L’Express, me semble inacceptable : je ne peux pas imaginer que l’on ne voit pas le conflit d’intérêts. » Il s’agit aussi d’interdire le cumul de plus de deux mandats identiques successifs. « Cela créerait une forme de roulement. Le principe de la carrière politique, en soi, est dérangeant. » Les fondateurs de Belvox veulent aussi mettre en place des dispositifs d’évaluation du travail parlementaire, « soit par des jurys citoyens, soit par des comptes rendus des mandats, ou via les réseaux sociaux ».

A plus long terme, l’ambition serait de mettre en place un système électoral plus juste. « Je relaie la volonté de supprimer la case de tête, mais je défends aussi l’idée de listes électorales par ordre alphabétique pour obliger les gens à choisir un nom précis, expose Stéphane Michiels. J’irais jusqu’à créer la possibilité de déposer des listes citoyennes indépendantes. Aujourd’hui, si je veux m’engager en politique, je n’ai pas d’autres choix que de me retrouver dans les partis actuels. »

Plus tard encore, il faudra songer à « réviser le statut et le champ d’action des partis politiques qui ont pris beaucoup trop d’importance ». « Après l’affaire Agusta, on avait décidé de leur dotation publique afin qu’ils ne soient plus dépendants de l’argent privé, résume le fondateur de Belvox. Les affaires récentes montrent que rien n’a changé. Par contre, les partis ont reçu une manne financière qui les ont transformés en machine de guerre. Ce n’est plus de la communication politique, c’est de la propagande. On se fait broyer par une machine payée par le citoyen…. »

Le leitmotiv de Belvox ? Recréer un lien de confiance. « Je ne prétends pas qu’ils sont tous pourris, mais les règles avec lesquelles nos élus fonctionnent ne sont plus bonnes. Je n’ai pas envie que mes enfants me disent au moment où ils seront en âge de voter : « Merci pour ce pays dans lequel tu nous fais vivre… »

 

 

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