Bernard Delvaux : « Je suis aussi un indigné »

Rencontre avec le CEO de la Sonaca.

Pourquoi un mouvement citoyen réclamant la moralisation de la vie politique chercherait-il à organiser une entrevue avec un des plus emblématiques représentants du patronat en Belgique ?

L’idée d’organiser une rencontre avec ce capitaine d’industrie n’est pas sortie de nulle part.

Au départ, un article du Vif/l’Express du 2 juin dernier dans lequel on nous interroge sur les objectifs de Belvox. « Prêts à dynamiter le système » en est le titre, tout un programme.

Au sortir du magazine, il apparaît que l’article n’est pas consacré qu’à Belvox mais que nous en partageons les colonnes avec Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC d’une part et avec Bernard Delvaux d’autre part.
Trois voix qui se font entendre pour une meilleure gouvernance.

Un patron qui se lève et qui s’indigne de la politique, ce n’est pas tous les jours, alors ça nous intéresse.

Un contact est pris, avec réponse rapide et enthousiaste et le rendez-vous est fixé.
C’est plus simple qu’avec un Président de parti…

Dès la poignée de main, l’entente est conviviale. Pas de fioriture, on se tutoie et on entre dans le vif du sujet.
On pourrait s’attendre d’un tel personnage que son angle de vue ne soit qu’industriel et purement économique. De la part d’un grand patron quoi de plus normal ?
Et c’est vrai que les premières réflexions montrent par exemple que son indignation se porte surtout sur la mauvaise gestion en termes d’énergie qui entrainent des surcoûts de l’ordre de 35% sur la facture d’électricité des ménages, mais aussi des entreprises.

Puis, au fil de la conversation on entend des phrases comme « les citoyens ont besoin de partager un idéal commun à moyen ou à long terme. » ou encore « j’ai l’impression que si on ne réforme pas la société de façon harmonieuse, on aura un retour de bâton brutal, donc je voulais venir avec des propositions constructives. »
Ca c’est un discours qui nous plaît, qui nous parle.

Ensuite d’ajouter « Au niveau de l’état belge, la gouvernance ne peut pas être pire. La lasagne institutionnelle permet à n’importe qui de stopper un projet. C’est une logique destructrice mais qui peut être contournée ».

On apprends aussi qu’il y a quelques temps l’homme, considéré dans les cabinets ministériels comme le trublion de service, a rassemblé un groupe d’experts qu’il a fait travailler sur des thèmes précis, et dont sont sorties plusieurs propositions concrètes sur par exemple, la mobilité, les émissions de CO2, etc…
Depuis la publication des résultats, il a rencontré de nombreux responsables politiques dont les portes se sont pour la plupart refermées, son initiative ne correspondant pas au message des partis à ce moment-là.

« Au final je suis globalement déçu » avoue-t-il « mais j’espère que le processus s’accélérera en vue des élections de 2019. »

Et quand on lui parle de la pertinence de voir émerger une nouvelle force politique en Belgique, « bien sûr ce serait salutaire » reconnaît-il « et j’entends en coulisse que des choses se préparent, mais je ne vois personne en Wallonie capable de se lever et de porter seul un mouvement de renouveau ».

Une rencontre des plus intéressantes donc, qui montre que des intérêts à priori divergents peuvent se rencontrer sur des thèmes essentiels.

Nous le quittons sur une conclusion « je vais continuer à agiter les choses par en haut pour pousser au changement, mais le rassemblement des citoyens que vous prônez est encore plus essentiel car c’est la seule choses qui pourra véritablement faire bouger les politiques ».

 

Stéphane Michiels

 

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