Le referendum sauvera-t-il la démocratie ?

Même si en Belgique les politiques insistent régulièrement sur le fait que ce mécanisme n’est pas prévu par la constitution, partout en Europe, le referendum a le vent en poupe.

On le voit plébiscité par une bonne partie des populations comme étant LA solution pour faire entrer la démocratie dans son modèle 2.0. mais il offre surtout un moyen d’expression à des citoyens lassés de n’être consultés que trop sporadiquement lors des élections.

En Suisse, il fait partie depuis longtemps de l’arsenal législatif où il est régulièrement utilisé dans des conditions strictes d’accompagnement et d’informations.
Il a également été organisé récemment en Grèce pour consulter la population sur les moyens de sortir de la crise économique, au Royaume Uni pour le Brexit, en Espagne pour l’indépendance de la Catalogne ou même en France, où il est devenu l’un des thèmes de campagne de la France Insoumise, le parti d’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon.
La ferveur qu’il déclenche fait par ailleurs mentir de nombreux observateurs sur le désintérêt annoncé du citoyen pour la chose publique car oui, il déplace les foules.

Mais pour autant, faut-il considérer ce mécanisme de consultation comme le sauveteur providentiel d’un modèle démocratique qui s’essouffle ?

Car le referendum n’est en soi pas différent des autres mécanismes électifs, que ce soient les élections ou même les sondages. Ils sont l’expression d’une opinion à un moment T, dans un contexte socio-économique et politique donné.
Le droit de vote étant acquis à tout citoyen, il n’exige aucun pré-requis en terme d’information, de débat ou de délibération. Peu importe que les opinions soient récoltées sur base de rumeurs, de ressentis, de rancœurs, d’avis partisans ou d’intérêts lobbyistes.
Alors quand on observe la facilité avec laquelle l’opinion publique a pu être manipulée par des campagnes de communication bien orchestrées au Royaume Uni ou plus récemment en Catalogne, avec les conséquences qu’on connaît, il faut inévitablement s’interroger sur la pertinence des votes populaires.

Comme c’est déjà le cas pour des élections lors desquelles on vote souvent par tradition familiale, par habitude, par sympathie ou même par désaveu, pourquoi en serait-il autrement lors d’un referendum ?
Il n’est en fin de compte qu’un moyen limité pour le citoyen de se réapproprier ses prérogatives de véritable détenteur du pouvoir. Il lui donne la parole mais de manière ciblée, sur des questions précises mais le tient à l’écart d’une véritable participation à la gestion des institutions.

Dépenser du temps et de l’énergie à vouloir obtenir et organiser des referendums ne changera donc probablement rien à l’obsolescence du système représentatif actuel.

N’existe-il donc pas d’autres solutions pour redynamiser notre modèle politique ?

La véritable démocratie ne peut pas être juste un oui ou un non. Elle ne peut être réduite à une vision manichéenne sans nuances et sans compromis. Elle doit se discuter et s’exercer. Elle s’apprend et ça prend du temps.
Les citoyens doivent sans conteste pouvoir retrouver des possibilités de s’exprimer et de participer, mais pas dans n’importe quelles conditions, pas à tort et à travers. Il faut privilégier l’éducation, l’accompagnement et le dialogue. Il faut cultiver l’ouverture d’esprit, l’intelligence, le bon sens et le respect.

Il faut explorer et généraliser les idées de panels citoyens représentatifs et envisager sérieusement le tirage au sort comme solution alternative aux élections.

L’évolution ne se fera pas en un jour mais il est salutaire d’obtenir au plus vite une représentation citoyenne permanente au sein des institutions.
D’abord au niveau local, qui sera sans doute le plus facile à investir, puis à tous les autres niveaux de pouvoir en débutant par exemple par l’organisation de panels citoyens réguliers, consultatifs dans un premier temps puis contraignants, pour en arriver à une assemblée citoyenne tirée au sort qui serait, dans l’idéal, le pendant populaire et législatif d’une classe politique chargée de l’exécutif.

Ce n’est qu’à ces conditions que la démocratie s’ouvrira vers un nouveau modèle où chaque voix pourra être prise en compte de manière posée, sereine et constructive.

 

Stéphane Michiels

 

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