Les partis politiques sont morts.

Quand les pères fondateurs ont conçu la démocratie représentative à la fin du XVIIIe siècle, les partis politiques n’existaient pas. Comme le souligne Bernard Manin, spécialiste de la démocratie représentative, ils n’apparaissent qu’après les années 1850, « dans la foulée de l’extension du suffrage pour orienter et encadrer les votes d’un très grand nombre d’électeurs grâce à leur organisation et leur réseau militant ».

Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’ils finissent par dominer la vie politique. Grâce à un important réseau d’organismes intermédiaires, tels que les syndicats, les caisses d’assurance maladie et même leur propre média attitré, « les partis constituèrent un puissant outil de coagulation des valeurs et des intérêts présents dans la société et la médiation privilégiée entre le champ politique et le reste de la société ». Bien qu’ils ne soient mentionnés dans la Constitution que tardivement, les partis politiques sont tout naturellement devenus les mécanismes essentiels de la démocratie.

Mais aujourd’hui les principaux rouages de la vie politique tournent à vide. Les partis sont le plus souvent réduits à des structures hermétiques, isolées de la société. Recentrés sur une logique de conquête du pouvoir à court terme. Ils ont fini par perdre leur fonction de creuser des réflexions sur l’avenir du pays et d’école de la pensée. Ils sont devenus des machines professionnalisées exclusivement dédiées à la bataille des élections, très hiérarchisées et délaissées par les militants. Pourtant, ils continuent de régner en maîtres sur la vie politique. Ils ont le monopole de la désignation des candidats, définissent les programmes qui engagent la destinée de toute une société et sont censés être le principal canal entre le peuple et les institutions.

Mais personne ne s’y trompe : selon un sondage réalisé par le Cevipof en janvier 2016, près de 9 personnes sur 10 ne font pas confiance aux partis politiques ! Si les citoyens boudent les partis et ne se rendent pas aux urnes, ce n’est pas parce qu’ils se désintéressent des affaires de la Cité. C’est avant tout parce qu’ils ne trouvent plus chez eux de débouchés à leurs aspirations. Il n’y a rien d’étonnant : les citoyens sont réduits à voter par défaut pour des candidats qu’ils n’ont pas choisis et des programmes auxquels ils n’ont pas contribué.

extrait de « Le coup d’état citoyen » de Elisa Lewis et Romain Slitine

Editions La Découverte, 2016

 

 

 

 

 

 

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