Plus de pouvoirs aux citoyens, pour quoi faire ?

Pourquoi la crise de confiance dans les institutions démocratiques n’est-elle pas entendue par les édiles qui continuent à se considérer comme les seuls détenteurs légitimes du pouvoir ?

Cette légitimité inscrite comme immuable dans la Constitution belge ne sonne-t-elle pas aujourd’hui comme une volonté politique originelle de penser la population incompétente, et de maintenir les pouvoirs dans les mains d’une oligarchie dite représentative ?

Bon nombre de spécialistes de la question démocratique, professeurs d’université, politologues, historiens, écrivains ou journalistes s’accordent à reconnaître que le modèle politique en vigueur doit impérativement se réinventer. Dans son schéma actuel, il semble montrer de nombreux signes d’incapacité à assurer une gestion pérenne et efficace de l’état. C’est un fait, et les exemples de la gestion du nucléaire, des flux migratoires, les questions des pesticides ou des pensions ne viendront pas le contredire.

De toutes parts des citoyens – entendez les non-politiques – réclament une gestion saine, éthique, transparente et efficace, mais aussi le droit à une plus grande participation aux décisions. Ils veulent se réapproprier un part des pouvoirs car il ne leur est plus possible de les déléguer aveuglement à des hommes et des femmes, eux-mêmes incapables de remettre en question la pertinence du système. Il ne leur est plus acceptable de participer docilement à perpétuer une mécanique politique obsolète incapable de répondre aux défis à venir.

Les visions électoralistes à court terme, l’absence de règles éthiques et déontologiques, la professionnalisation de la fonction politique, la déresponsabilisation des mandataires, mais aussi l’influence des lobbies et les intérêts corporatistes empêchent les prises de décisions visionnaires qui devraient pourtant mener à un changement de cap significatif mais salutaire.
Aujourd’hui, nier cette évidence et se réfugier derrière un scepticisme nonchalant serait de la mauvaise foi.

Car les défis à venir sont immenses et imminents. Qu’ils soient sociaux, économiques, environnementaux ou climatiques, leurs conséquences s’annoncent catastrophiques.

Vu l’urgence, et face à la réticence à peine voilée du personnel politique, de plus en plus de citoyens se sentent investi du devoir moral de rentrer en désobéissance et d’initier eux-mêmes cette transformation indispensable pour débloquer le système, car ils sont persuadés que leur intelligence collective pourra privilégier l’intérêt général et la protection du bien commun, quitte à en accepter collégialement certaines contraintes.

Ils sont nombreux ceux qui l’ont déjà bien compris et qui s’organisent ici et là dans des associations, des collectifs ou même individuellement pour mettre en route une transition vers un modèle durable. Mais ils sont toutefois également conscients que tous leurs efforts resteront vains et marginaux s’ils ne sont pas soutenus à grande échelle par un législateur volontaire.

Alors, pour tenter d’enrayer ce décrochage démocratique qui semble s’amplifier, pourquoi ne pas s’inspirer des nombreuses alternatives existantes et permettre à chacun de co-construire un nouveau modèle de société pour insuffler à nos institutions une dynamique positive orientée vers la participation, l’efficacité et la prospérité durable ?

A quelques temps de deux échéances électorales majeures, une courte fenêtre d’opportunité s’ouvre pour les politiques d’entendre l’appel des citoyens et d’organiser une consultation nationale sur le thème de la démocratie ouverte et active. Ils ont dans leurs mains le pouvoir d’initier une formidable expérience démocratique inédite, comme une sorte d’Assemblée citoyenne où chacun pourrait formuler ses propositions et participer activement à l’indispensable réforme du système politique. L’avenir de la démocratie passe par là.

Stéphane Michiels

 

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