On prend les mêmes et on recommence ?

Par Yves Patte, sociologue.

Hier, sur les plateaux de télévision, c’était surtout (et toujours) la victoire de la particratie…

Le scrutin portait sur des problématiques très locales, et mettait en jeu des listes elles-mêmes structurées autour de personnalités et d’enjeux spécifiques à chaque commune. Et pourtant, au soir des élections, sur les plateaux de télévision, on invitait les présidents de partis nationaux ou régionaux, et on discutait de la victoire ou de la défaite de LA gauche ou de LA droite, des socialistes, des libéraux, des écologiques, des communistes, des « forces de gauche » et des « forces de droite ».

C’est d’autant plus à côté de la plaque que durant toute la campagne, les listes locales ont redoublé d’effort pour se détacher des partis nationaux. Un peu partout, les listes socialistes se présentaient sous l’appellation « PluS » (et martelaient que ce n’était pas des listes « PS »), idem avec Ecolo et le CDH – Centre Démocrate Humaniste qui se présentaient régulièrement sous d’autres noms, ou bien intégraient des listes communes, tantôt avec des libéraux, tantôt avec des socialistes.

Mais au final, le soir des élections, ce sont tous les partis traditionnels qui sont conviés à se féliciter des résultats…. Des résultats de listes qui, pourtant, ne portent plus leur nom, et qui ont fait campagne en se détachant de leur tutelle.

Et on voit très vite que les présidents de partis, les journalistes et les experts réunis sur les plateaux avaient bien du mal à analyser ces résultats, tout à fait différents d’une commune à l’autre, avec une grille d’analyse régionale ou nationale, structurée en Gauche/Droite. Parce qu’au niveau local, ce n’est pas là-dessus que ça se joue.

La palme revient probablement au CRISP / Centre de recherche et d’information socio-politiques qui extrapole, à partir des résultats des élections communales et provinciales, les résultats des élections régionales de l’année prochaine. Pour un centre de recherche et d’information socio-politiques, ils n’ont rien compris, et leur analyse ne vaut que si on peut tout d’un coup additionner des pommes et des poires…

J’ai fait l’exercice pour les 27 communes du Brabant wallon (et je serais intéressé de voir les chiffres ailleurs). Sur ces 27 communes, le Parti socialiste n’est présent sous le nom  » Parti Socialiste (PS)  » que dans 3 communes ! 3 communes sur 27 !! Le MR – Mouvement Réformateur n’est présent sous le nom MR que dans 5 communes sur 27 (7 communes si on tient compte des listes MR+quelque chose). Et le CDH n’a présenté qu’une seule liste, seul et sous son nom (à Nivelles). Et ce n’est pas une critique, ils ont choisi de se présenter sous un autre nom, et il y a très certainement de bonnes raisons…

Ce qu’on voit, au niveau communal, c’est une multitude de « Union communale », « Intérêts communaux », « Rassemblement communal », « Liste du bourgmestre », « Pacte pour la commune », « Demain », « Avenir communal », « Ensemble », « Avec vous », etc… (et ce sont juste des exemples, souvent répétitifs, repris dans les 27 communes du Brabant wallon). On trouve la même chose dans les 262 communes wallonnes et les 589 communes belges. Comment après faire une analyse avec les partis traditionnels, présents au Fédéral, qui ne sont pas présents en tant que tels au niveau communal ??

SURTOUT, tout cela ne laisse aucune place à toutes les listes citoyennes qui donnent pourtant tout leur sens aux élections communales, et en particulier à ces élections communales-ci : ces listes se sont construites sur des enjeux purement locaux, avec des citoyens qui n’étaient pas déjà engagés politiquement (dans des partis traditionnels) et qui ont eu envie, pour ce scrutin-ci, de se mobiliser en créant leur liste.

En prenant les scores des listes citoyennes recensées en Wallonie, je remarque que leur score médian est de 8%. Toutes ces listes, composées de néophytes de la politique, et demandant un vrai changement (en particulier sur les questions d’éthique politique, de transparence, etc.), font une très bonne entrée en la matière… mais ne collent pas au schéma classique des partis traditionnels Gauche / Droite relayé par les journalistes et les analystes.

(Entre parenthèses, ces listes citoyennes font nettement un meilleur score que le Parti populaire, par exemple, dont on a beaucoup parlé).

Pour le coup, lors de cette soirée électorale, les médias traditionnels (je regardais la RTBF) participaient tout à fait à ce sentiment que beaucoup de citoyens peuvent avoir, qu’au final « rien ne change », ce sont toujours les mêmes. On a senti durant toute cette campagne que quelque chose était en train de changer. A bien y regarder les résultats le montrent… mais en plateau, on invite Laurette Onkelinx (qui était déjà sur les plateaux quand j’étais petit) pour nous dire que le Parti socialiste est le plus grand parti de Wallonie….. ??

C’est dommage…

▪️ Moi, j’aimerais bien par exemple savoir le pourcentage d’électeurs qui ont voté pour un parti qui a moins d’un an d’existence. Ça, ce serait intéressant comme information. Quel média nous donnera cette information ? Lalibre.be, Le Vif, Le Soir, Vers L Avenir, La Première – RTBF ?

▪️ Moi, j’aimerais bien savoir quelles ont été les motivations des électeurs, dans chaque commune, pour voter pour telle ou telle liste ou personne (sans qu’on me plaque dans l’analyse, des concepts comme « les forces de gauche » ou « les forces de droite »).

▪️ Moi, j’aimerais bien savoir qu’est-ce qui a pu « faire débat » dans chaque commune. Peut-être l’éolien par ici ? Peut-être un centre commercial par là ? Peut-être la ruralité par ici ? Peut-être la sécurité par là ? … Et voir avec tout cela, si des choses reviennent de manière récurrente.

Bref, il manque une vraie analyse sociologique de ce scrutin communal, et je pense que des choses très intéressantes en ressortiraient pour construire une vraie dynamique participative.

Et vous, vous en avez pensé quoi ?

 

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